Découverte : Wednesdays met des mots sur les maux

Bienvenue à Orco Park, vivier de souvenirs aussi doux que douloureux.

wednesdays-decouverte-met-des-mots-sur-les-maux

Imaginé par l’auteur Pierre Corbinais, Wednesdays se veut une œuvre qui brise les tabous. Et on peut compter sur Arte pour soutenir ce genre de projets. Surtout lorsqu’ils s’attaquent à des sujets aussi sensibles que les violences sexuelles intrafamiliales. Plus qu’un jeu vidéo, le jeu se veut une expérience crue qui met des mots là où la société peine à en mettre.

Un coup de cœur ou un coup de gueule ? Une envie, une passion du moment ? La rédaction vous invite à découvrir un jeu, qu’il soit récent ou non, et vous incite à y jouer, ou non.

Cet article a été réalisé avec une clé fournie par l’éditeur.

Mise en garde

Wednesdays traite de sujets lourds et difficiles à aborder en société. Son objectif est de sensibiliser la population aux violences sexuelles intrafamiliales et encourager les victimes à prendre la parole. Le jeu est donc déconseillé au -18 ans en raison des sujets qu’il aborde. Mais aussi car il les explore de bout en bout, sans filtre. Aucune scène d’agression n’est cependant présente, et des avertissements peuvent être activés pour éviter toute scène trop dérangeante.

D’ailleurs, difficile de dire qu’il s’agit d’un jeu vidéo ici. On suit principalement une bande-dessinée interactive, dans laquelle on peut parfois avoir un léger impact en choisissant la réponse d’un des personnages. Pourtant, et même s’il ne faut qu’une petite poignée d’heures pour en venir à bout, l’œuvre fait mouche tant elle vise juste.

Frontal mais pas brutal

C’est de loin la plus grande force de Wednesdays. Il évoque sans tabou et sans filtre un sujet aussi délicat que l’inceste. Sans jamais être visuellement explicite, car ce n’est pas là son objectif. On y incarne Timothée, un adulte revenant sur Orco Park, un jeu de son enfance. Au fil de sa progression, divers souvenirs vont s’éveiller en lui. De manière chaotique et anachronique. Mais tous traitent des traumas d’enfance qui continuent de le hanter.

Mais si le jeu n’hésite pas à se montrer très direct dans ses propos, il ne laisse personne de côté. Dès le début, les développeurs mettent en avant diverses options permettant d’esquiver les souvenirs un peu trop sensibles. Avertissement qui est répété à de nombreuses reprises par Orco, la mascotte du jeu de Timothée, qui n’hésite pas à briser le quatrième mur pour le rappeler. De plus, chaque souvenir est doté d’un indicateur qui permet de savoir s’il aborde le sujet de manière plus ou moins explicite.

Indicateur de sujet sensible Wednesdays
Les 3 points d’exclamation indiquent que le souvenir est très difficile

Indicateur qui, malheureusement, n’est pas toujours au point. Car si un souvenir marqué comme très difficiles évoque librement le sujet, d’autres, pourtant considérés comme plus tranquilles, font bien plus froid dans le dos. Mais une fois encore, les développeurs ne s’attendent pas à ce que tout le monde ait la même sensibilité. Ni le même ressenti. Et il est possible d’éviter un souvenir qui commencerait à trop peser via le menu de pause.

Tout est fait pour que l’on vive l’expérience au mieux, sans jamais être pris de court. Pour cela, Orco n’hésite pas non plus à nous inciter à faire des pauses après chaque souvenir. Ou tout du moins, c’est un conseil qui est présenté dès le début, mais jamais répété. Quitte à se montrer trop répétitif, le jeu devrait faire un rappel constant de cela. Car enchaîner certains souvenir peut s’avérer très difficile à encaisser.

Briser le tabou

Pourtant, aussi dur que puisse se montrer Wednesdays, l’expérience en valait la peine. C’est une véritable œuvre qui entend briser le tabou autour de l’inceste afin de libérer la parole des victimes. Quitte à sortir parfois de la narration intradiégétique pour exposer ce qu’ont vécu de véritables victimes. Mais pas besoin d’avoir vécu ces atrocités pour profiter du message de Pierre Corbinais et ceux qui l’ont accompagné sur le développement du titre.

Parce qu’en se montrant aussi direct et explicite sur l’inceste, l’objectif est aussi de dire que cela arrive, partout, tout le temps. Qu’on le voit ou non, cela existe. Et en parler ne peut qu’améliorer les choses. Le but n’est pas de créer une défiance constante envers tous les membres d’une famille. Simplement, savoir tendre l’oreille et la main à ceux qui en ont besoin, sans les juger ni les stigmatiser.

« Si le joueur veut tout savoir de l’inceste de Timothée, une scène lui donnera toutes les réponses. Mais il peut aussi avancer, passer certaines étapes, choisir ce qu’il veut entendre. »

Pierre Corbinais
Souvenir d'enfance de Timothée à l'école
Souvenir d’enfance de Timothée à l’école

Parcourir Wednesdays aura été un véritable parcours du combattant. Mais, même s’il aura été particulièrement difficile à digérer, on ne regrette pas de l’avoir fait. C’est une expérience aussi dure qu’importante à vivre. Si possible sans la moindre censure. On recommande tout de même de le faire à plusieurs et souvenir par souvenir afin que le tout ne pèse pas trop.

1
0
Donnez votre avis dans les commentairesx